Quelle monnaie d'échange pour la coopération ?
Comment associer économie et coopération ? Faut-il seulement associer "collaboratif" et "bénévole" ? Quel modèle économique adopter pour qu'un projet collaboratif soient viable ? ... Nous sommes nombreux à se poser ces questions qui nous amènent à remettre en cause la primauté d'un seul modèle économique : l'économie de marché. Dans cet article, nous reprenons les principales idées de la conférence coopération et argent de J-Michel Cornu, l'auteur de nombreux ouvrages sur les usages d'Internet et la coopération.
L'émergence d'une économie de l'abondance
*Alors que l'économie de marché génère et gère de la rareté face à un univers imprévisible, la coopération fabrique et gère de l'abondance, tout comme la planification gère la rareté en prédisant les choses. L'économie de l'abondance peut être rapprochée de le modèle du don et du contre-don théorisée pour la première fois par Marcel Mauss.
Le modèle du don-contre-don
Issu de la pensée de Marcel Mauss, le modèle d'échange du don et du contre-don apporte, à travers une approche anthropologique, une autre vision possible des échanges. "Cette forme d'échange apparaît non comme une simple opération économique propre à assurer le bien-être mais comme un phénomène ayant des implications sur l'ensemble du fonctionnement de la société".(wikipédia)
C'est par exemple le Potlatch des Amérindiens : un contrat social basé sur l'évaluation de l'objet donné ou de l'échange, sa valeur de réciprocité. La seule forme d'obligation reste la motivation. Les universités sont habituées à ce modèle de don contre don sur lequel repose le jeu de la recherche. On peut aussi noter la profession de foi de Michel Bowens : le peer to peer : nouvelle formation sociale, nouveau modèle civilisationnel quant aux systèmes d'échange P2P.
Une limite dans ce système de don/contre-don apparaît quand le contre-don devient obligatoire (attendu par principe) et modifie alors le caractère désintéressé inhérent au don.
Un exemple vécu au sein de la formation animacoop
Valoriser le travail de bénévoles
Trois stagiaires de la formation n'ont pas trouvé de financement classique. L'équipe d'Outils-Réseaux leur a proposé de participer bénévolement et de contractualiser les échanges. Mais comment évaluer par avance ce que chacun peut apporter? Le savoir-faire de l'un a-t-il la même valeur que l'engagement d'un autre? Une réflexion s'est engagée autour d'une convention entre Outils-Réseaux et les stagiaires afin de valoriser les échanges entre les deux partenaires.La valorisation de ces échanges passe par :
- la mise en pratique d'une économie différente ;
- l'expérience d'une convention d'échanges de services ;
- la prise en compte de choses intangibles (valeurs) ;
- une non-opposition entre la "valorisation par l'argent" et la "valorisation par d'autres moyens" ;
- le besoin d'une évaluation à la fois acceptable par tous et propre à chacun, qui révèle une part de sensible de soi, pour mieux comprendre et partager cette expérience collective.
Après discussion, ont été inclus dans la convention :
- l'expression de la valeur donnée aux services échangés
- l'importance de la réciprocité, exprimée en début (ce que nous pensons échanger) et en fin de formation (ce qui a été réellement échangé) permettant la personnalisation de la convention.
Comment associer économie et coopération ?
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La coopération induit de nouveaux modèles économiques. Il ne s'agit pas tant d'opposer des systèmes économiques mais de les conduire en parallèle en associant coopération et économie, abondance et rareté, sans les mélanger pour autant.
Cela signifie également redéfinir les termes. Aujourd’hui "collaboratif" ou "alternatif" sont connotés négativement, car ils sont souvent associés à un manque de moyens, Il s'agirait de remplacer les termes d'"alternatives économiques" par celui de "modèles économiques innovants".
